Le Makalu

Historique du sommet

Après le succès britanniques sur l'Everest en 53, le Comité de l’Himalaya revoit son projet d’expédition pour 54.
Les Italiens sont en tractation pour le K2 et obtiennent une autorisation pour 54.
Les Britanniques ont déjà fait une reconnaissance sur le Kangchenjunga laissant entrevoir une possibilité d’ascension.
Reste le Lhotse, mais les trois quarts de l’itinéraire reprend celui de l’Everest. 

Le Makalu, à peine moins haut que le Lhotse, a été peu exploré. Ceux qui ont observé cette pyramide isolée qui domine une région sauvage s’accordent à dire que, de tous les grands 8000, c’est sans doute un de ceux qui opposera le plus de résistance…
Le choix s’oriente donc sur la cinquième cime du globe et le Comité de l’Himalaya demande aux autorités Népalaises une autorisation pour 54. 

Lorsque les Français apprennent qu’une autorisation a déjà été données aux Américains pour 54, il est question de changer d’objectif et d’opter pour le Lhotse. Après réflexion, l’équipe américaine est jugée trop faible ; les Français demandent alors l’autorisation pour 55. Toutefois, pour maximiser les chances de succès, une expédition de reconnaissance est prévue pour l’automne 54. Jean Franco en est le leader.


La conquête du Makalu

Printemps 1954 : l’expédition américaine s’oriente de manière surprenante sur l’arête Sud-est et échoue à 7056 mètres.
Par ailleurs, des Néo-Zélandais sous la direction d’Hillary – qui a repéré un accès au Makalu depuis l’Everest – font une tentative sur le versant Ouest sans autorisation. Ils sont arrêtés à 7000 mètres par les pentes raides sous le Makalu La. Pendant ce même voyage, ils réalisent 25 premières dont le Baruntse.  

Automne 1954 : après un gros travail de préparation pour améliorer vêtements, appareils à oxygène et nourriture d’altitude, une équipe menée par J.Franco quitte la France en août. Elle établit un dernier camp au Makalu La (col situé entre le Makalu II et le Makalu I à 7400 mètres).

Franco, Terray et 2 sherpas atteignent le Makalu II ou Kangshungtse (7678 m) puis, sous l’impulsion de Couzy, Terray et Couzy réalise l’ascension du Chomo Lonzo (7790 m) d’où ils repèrent l’itinéraire de la partie finale du Makalu. Pour Terray « Cette journée, marquée de l’inflexible volonté de Couzy, est l’une des plus dures et des plus intenses que j’ai jamais vécue ».
Par ailleurs, Bouvier et Leroux, puis Couzy et Magnone essayent de s’élever le plus haut possible dans la face Nord, mais en vain du fait de vents très violents.

Printemps 1955 : excellentes conditions. Du fait de l’expérience de l’automne précédent, le camp au Makalu La est établi en un temps record. Terray et Couzy mènent la première tentative et sont accompagnés par trois sherpas jusqu’au dernier camp qu’ils établissent à 7800 mètres. La dernière partie s’avère moins technique que prévue et en bonne condition : le 15 mai les deux hommes se dressent sur le 5ème sommet de la terre.

Les 16 et 17, les autres équipes (Franco, Magnone, le sirdar Gyalzen, Bouvier, Leroux, Vialatte et Coupé) atteignent à leur tour le sommet.Pour la première fois dans la conquête d’un 8000, tous les membres des cordées d’assaut, neuf personnes au total, gravissent le sommet.


Après l’expédition Terray écrira : « La facilité déconcertante avec laquelle nous avions vaincu ce géant auquel j’avais consacré un an de ma vie fut pour moi une légère déception ».


Les ascension Marquantes

1961 : Hillary retourne au Makalu pour tenter la voie des Français sans oxygène et faire la 2ème ascension. Deux membres arrivent à 120 mètres du sommet. 

1970 : Première ascension du sommet Sud-est (8010 m) par l’arête SE par une forte équipe japonaise. Deux des membres arrivent 180 mètres en dessous du sommet principal avec de minces réserves d’oxygène et terminent l’ascension sans. C’est la seconde ascension. 

1971 : Une équipe menée par Paragot atteint à nouveau le cinquième sommet du globe en ouvrant le très difficile pilier Ouest qui s'impose par son élégance !
Malgré de mauvaises conditions climatiques, Y.Seigneur et B.Mellet réussissent la 3ème ascension du Makalu dans une tempête de neige et par un froid intense.
 

1975 : Une équipe Yougoslave ouvre un itinéraire dans la face Sud. 

1976 : première ascension du pilier situé sous le sommet Sud-est par une expédition Tchèque. Deux Tchèques et un espagnol atteignent le sommet principal mais un Tchèque meurt à la descente, les autres ont de graves gelures. 

1980 : Roskelley réalise la 2ème ascension et le premier solo du pilier Ouest. 

1989 : Beghin atteint le sommet du Makalu par un itinéraire en face Sud, en solo.

1997 : après plusieurs tentatives, une équipe Russe ouvre un itinéraire extrême dans la face Ouest.


Les accès au Makalu côté Népal

Contrairement à la vallée de l’Everest, la région du Makalu est restée sauvage. Les habitations sont peu nombreuses au delà du Shipton La et non habitées en permanence. L’accès est difficile après Tashigaon (dernier village habité toute l’année) : il faut franchir plusieurs cols à plus de 4000 mètres d’altitude avant de pénétrer dans la haute vallée menant au pied du Makalu.

La mousson transforme de paisibles ruisseaux en torrents qui deviennent difficiles à franchir. Même par grand beau temps en altitude, l’air humide remontant du Teraï peut rendre très problématique le passage du Shipton La (neige et brouillard). Après avoir gravi le Baruntse un 21 novembre par un temps magnifique, nous avons dû faire la trace dans 50 centimètres de neige pour franchir le Shipton La dans un épais brouillard…

Accès classique au départ de Tumlingtar

Cet itinéraire est donné à titre indicatif. Prévoir d’ajouter des journées de repos pour acclimatation suivant l’état du groupe.

Katmandu – Tumlingtar (400 m) – Khandbari (1100 m)
Une heure d’avion permet de rejoindre la piste en terre de Tumlingtar. Trois heures de marche mènent à Khandbari, principale ville de la région.

Khandbari – Chichila (1900 m)
Montée progressive alternant forêts luxuriantes et chemins de crête.

Chichila – Num (1600 m)
Cheminement sur crêtes, au loin les montagnes apparaissent : Makalu, Baruntse et Chamlang brillent sous les feux du soleil…

Num – Séduwa (1900 m)
Descente à travers la forêt pour traverser la rivière Arun. Remontée au village de Séduwa.

Séduwa – Tashigaon (2200 m)
A travers les cultures, un chemin facile mène à Tashigaon, dernier village habité toute l’année.

Tashigaon - Khongma (3600 m)
Longue montée, raide par endroit, utilisant des escaliers aménagés par les habitants de la vallée à travers une forêt, dense au début. Petit à petit, la végétation change et se raréfie à l’arrivée à Khongma.

Khongma – Yangle (3600 m)
Passage du Shipton La (4200 m) et de deux autres cols aux alentours de 4000 mètres avant de redescendre dans la vallée de la Barun Khola.

Yangle - Mera (4200 m)
Fin de la végétation dense et des habitations pour arriver à la base des premières montagnes. Le massif du Makalu n’est plus très loin…

Mera – Hillary Base Camp (4800 m)
Dernière étape non glaciaire  permettant d’atteindre « Hillary Base Camp », nom donné par le vainqueur de l’Everest lors de son expédition de reconnaissance au Makalu au printemps 1954. Le massif du Makalu se dévoile… Ce lieu, très agréable, est idéal pour prendre une journée de repos et parfaire son acclimatation.

Hillary Base Camp – Camp de base (5400 m)
Etape facultative. Montée sur le glacier Barun recouvert de pierres pour atteindre le camp de base, situé au pied du glacier Chaco et de la face Ouest du Makalu.

Retour à Tumlingtar
Par le chemin emprunté à l’aller.
Il est également possible de rejoindre la vallée de l’Everest par l’itinéraire des « 3 cols », plus logique néanmoins dans l’autre sens.

Accès au départ de la vallée de l’Everest (3 cols par l’Amphu Labtsa)

Cet itinéraire permet de traverser de la vallée de l’Everest à celle du Makalu en franchissant des cols techniques et élevés (plus de 6000 mètres). Il s’adresse à des alpinistes expérimentés et présente un engagement certain : pas d’échappatoire aisée après l’Amphu Labtsa. Il est magnifique et sauvage ; au passage, il est possible de gravir le Baruntse…
Il est facile de s’acclimater correctement dans la vallée de l’Everest. On pourra gravir l’Island Peak pour tester sa forme et son acclimatation avant de se lancer dans la traversée.
Cet itinéraire est donné à titre indicatif. Prévoir d’ajouter d’éventuelles journées de repos pour acclimatation suivant l’état du groupe.

Chukhung – Pied de l’Amphu Labtsa (5300 m)
Etape sans difficulté technique particulière qui permet de pénétrer dans l’ambiance sauvage de cette traversée.

Passage de l’Amphu Labtsa (5800 m) – Lacs de Panch Pokhari (5400 m)
Montée raide avec une partie technique sous le col. Prévoir une corde. Descente glaciaire sur les lacs. Endroit magnifique…

Lacs de Panch Pokhari – Pied du West Col (5700 m)
Suivant l’époque, on pourra trouver des expéditions au camp de base du Baruntse. Le fait de dormir plus haut que ce camp de base permet de faire l’étape du lendemain plus facilement.

Passage du West Col (6135 m) – Sherpani Col (6110 m) – camp au pied du Sherpani Col (5400 m)
Difficile étape en altitude. La pente du West Col est raide, prévoir une corde.
Pour des alpinistes entraînés et acclimatés, il est possible de dormir au camp 2 du Baruntse (6400 m) pour faire le Baruntse le jour suivant.
Vues magnifiques sur le Makalu.

Descente au camp de base Hillary (4800 m)

Retour sur Tumlingtar (voir trek précédent)


Les différents itinéraires du Makalu
La voie normale du Makalu, le Makalu II et le Chomo Lonzo

L’itinéraire d’accès est celui décrit précédemment au départ de Tumlingtar. Plusieurs emplacements de camps de base sont possibles entre 5300 et 5600 mètres au pied de la face Ouest sur le glacier de Chago.
L’itinéraire chemine sans difficulté majeure (moraine, glace possible par endroit) jusqu’à 5800 mètres, altitude à laquelle on prend pied sur le glacier. Il est possible de faire un camp de base avancé à cet endroit.
La montée suit ensuite le glacier par des pentes faciles ; une section plus raide (40°) mène à un vaste plateau (6250 mètres, possible camp 1).
Le cheminement est ensuite moins rectiligne (crevasses, quelques sections propices à la formation de plaques) ; un camp 2 peut être placé à vue du couloir menant au col du Makalu, vers 6800 mètres.
Le couloir menant au col (Makalu La, 7400 mètres) est plus technique que le début de l’itinéraire (passage à 50°). S’il n’est pas en condition (risques d’avalanches), un cheminement rive gauche est possible (suivant les conditions, passages en mixte, pentes à 60° sur une courte section). La fin du couloir est moins technique.
Camp 3 possible au Makalu La, vue fantastique sur le versant Est Lhotse – Everest. Au loin, le Kangchenjunga.

A partir de ce camp, différentes options sont possibles :
-         Se diriger sur le Makalu II (7678 m), moins de 300 mètres plus haut. Un itinéraire peu technique donnant accès à un superbe belvédère sur les géants de l’Est du Népal : Everest, Lhotse, Makalu et, plus loin, Kangchenjunga.
-         Gravir le Chomo Lonzo (7790 m), peu technique également mais beaucoup plus long. L’itinéraire commence par une descente (qu’il faut remonter au retour !) pour rejoindre le col séparant le Makalu II du Chomo Lonzo à 7200 mètres. Une arête sans grande difficulté mène ensuite au sommet.
-         Opter pour le Makalu I (8463 m). La majorité des expéditions placent alors un camp supplémentaire vers 7800 mètres dans la face Nord. A 8200 mètres, un raide couloir mène sur l’arête sommitale…

L’arête Sud-est

L’itinéraire d’accès est celui décrit précédemment au départ de Tumlingtar. Emplacement du camp de base à 4800 mètres (Hillary Base Camp).
Première ascension de la moitié supérieure de l’arête SE en 1970 et du sommet SE (8010 m) par une forte équipe japonaise menée par M.Hara. Les Japonais sont montés directement au col Sud (6800 m) depuis le versant Népalais ; ils réalisent ainsi la deuxième ascension du Makalu par un nouvel itinéraire, utilisant 3000 mètres de cordes fixes.

D.Scott, fasciné par le Makalu et notamment par sa Combe Est suspendue, a eu le projet de gravir la partie inférieure de l’arête SE pour rejoindre le col Sud des Japonais de 1970. Il voulait ensuite gravir l’arête SE jusqu’au Gendarme Noir puis descendre dans la Combe Est ; de là, gravir le sommet puis redescendre par l’itinéraire de 1955 et ainsi effectuer une traversée du Makalu. Trois tentatives infructueuses (1980, 81 et 84) le menènt à deux reprises au dessus de 8000, dont une fois à un poil du sommet…

Le Pilier Ouest

L’itinéraire d’accès est celui décrit précédemment au départ de Tumlingtar. Emplacement du camp de base à 5400 mètres au départ de l’arête Ouest sur le glacier de Chago.
Il s’agit d’un objectif d’ampleur sur un des plus hauts sommets du monde. 2800 mètres de dénivelé empruntent d’abord l’arête Ouest qui se transforme ensuite en un pilier avec des passages rocheux (VI/A2) au dessus de 7500 mètres.
Le sommet a été atteint pour la première fois par Y.Seigneur et B.Mellet le 23 mai 1971, au cours d’une expédition française menée par R.Paragot. Deux mois de difficile travail pour équiper la voie de cordes fixes ; il s’agissait alors de la plus difficile ascension technique de l’époque.
Neuf ans plus tard, Roskelley réalise la 2ème ascension et le premier solo du pilier Ouest.
En 1988, M.Batard réussit l’ascension en solitaire et en 14 heures, après reconnaissance et équipement de la voie.
En 1991, E.Loretan et J.Troillet gravissent la voie à vue et en deux jours… 

L’itinéraire remonte d’abord des pentes d’éboulis jusqu’au pied de l’arête vers 5800 mètres. Il suit ensuite l’arête neigeuse (arête des Jumeaux) jusqu’au pied du pilier vers 6400 mètres. Sur les 900 mètres suivants, la voie suit le versant Sud de la crête pour atteindre une rampe très exposée puis une section mixte mène vers 7350 au pied du ressaut rocheux, passage clé de la voie : 18 longueurs extrêmement difficiles (jusqu’à VI/A2), rendues maintenant « moins extrême » du fait de l’équipement en place.
Une arête de neige permet alors de rejoindre l’arête Sud-est…

La Face Sud
En 1975, une équipe Yougoslave menée par A.Kunaver ouvre un itinéraire dans la face Sud, répété en 1989 par B.Beghin avec un départ direct. Laissant ses compagnons à 7000 mètres, il termine l’ascension en solitaire et en trois jours…
La Face Ouest

C’est l’itinéraire le plus difficile sur le Makalu. Après plusieurs tentatives infructueuses (dont Kukuchka en 1981 et Loretan en 1991), c’est finalement l’équipe Russe menée par Sergey Efimov qui réussit ce challenge extraordinaire, récompensé par le Piolet d’Or. A.Bolotov, Y.Ermachek, D.Pavlenko, I.Bugachevski et N.Jiline atteignent le sommet le 21 mai 1997.
S.Khabibulin, leader de l’équipe d’assaut, meurt d’épuisement 250 mètres sous le sommet. I.Bugachevski meurt à la descente.

La voie peut être décomposée en 4 parties :
-         elle commence à 5800 mètres au pied de la face Ouest et emprunte la partie droite de la cascade de glace jusqu’à 6100 mètres,
-         elle continue au dessus du plateau dominant la cascade de glace par des pentes rocheuses à 35/45° jusqu’à 6500 mètres,
-         la section entre 6500 et 7400 mètres est un mur (roches et glace), 50/55°,
-         la partie finale commence par un pilier rocheux (passage clé de la voie) qui mène sur l’arête Ouest à 8000 mètres.

L’équipe Russe a placé son camp de base à 5300 mètres puis 7 camps (5700, 6100, 6500, 6900, 7300, 7650 et 7750) et deux bivouacs (8000 et 8150) pour atteindre le sommet…

La voie Lafaille au Makalu II

En avril / mai 2004, JC.Lafaille ouvre un itinéraire de grande difficulté sur le versant Est (Tibétain), alors vierge, du Makalu II, en solitaire et sans oxygène. Exploration et engagement pour cette voie qu’il considère comme « l’ascension la plus difficile sur le plan technique qu’il ait jamais réalisé en Himalaya ».
Au départ de Karta (3700 mètres), accessible à partir de Tingri, le camp de base est placé à 4900 mètres d’altitude. Un camp de base avancé est installé à 5600 mètres, quasiment au pied de l’éperon qui constitue la première partie de la voie : 1000 mètres en glace très raides et mixte difficile.
JC.Lafaille place un camp d’altitude à 6500 puis à 7200 mètres au sommet de l’éperon.
Le 14 mai, il quitte son camp de base avancé pour monter directement à 7200 mètres, puis bivouaque à 7400 le 15. Il parvient au sommet du Makalu II le 16.

L’arête Est

Elle a été remontée en 1995 par une grosse expédition japonaise jusqu’à 7300 mètres. Ensuite, l’expé a basculé sur la voie normale pour rejoindre le sommet.
Elle était l’objectif de Y.Graziani, C.Trommsdorff et P.Wagnon au printemps 2004 qui ont dû renoncer à cause d’un fort enneigement et gravir l’arête SE (cf. MM n°289, Janvier 2005).
L’exploration de ce versant Est du Makalu (Tibétain) offre encore de nombreuses possibilités…